Le consumérisme : un contre-véganisme

Le bien-être animal comme argument de vente

Le bien-être animal est une question de société sur le devant de la scène ces dernières années et les grandes sociétés l’ont bien compris. Le•a consommateur•rice est de plus en plus soucieux•se des questions d’éthiques à chaque tragédie révélée. Car si l’humain ne se soucie pas de ce qu’il ne sait pas, il n’en demeure pas moins assez empathique pour s’indigner quand l’horreur se trouve face à lui et à aller jusqu’au boycott. Les grandes marques connaissent bien ce fonctionnement et n’hésitent pas à faire jouer leur image en fonction des préoccupations publiques du moment. Ainsi nous avons vu fleurir les labels bio, les « sans huile de palme », les « sans sucre ajouté », les labels de commerces équitables, etc. Le « VeggieWashing » a succédé au « GreenWashing ». La santé et l’éthique sont devenues le cœur de cible de ces sociétés et elles n’hésitent pas à se servir de mentions et phrases d’accroche qui feront appel à notre esprit de consommateur sensibilisé•e à ces questions d’actualité. Leur but : Ne pas perdre de chiffre d’affaire et nous permettre de continuer à consommer, consommer et encore consommer sans être arrêté•e par un sentiment d’inquiétude ou de culpabilité. Mais qu’un produit soit labellisé « végane » ou « bio » suffit-il à en faire un bon produit, à le rendre éthique et nécessaire ?

Vêtements, produits high-tech, alimentaires : pourquoi achetons-nous autant ?

Le monde de la mode a créé chez nous une frénésie consumériste sans précédent. Des podiums de la fashion-week aux blogs de modeuses, la mode vestimentaire a pris une place importante dans nos pays industrialisés. Le vêtement est devenu une identité à part entière. Il détermine notre appartenance à une communauté, notre modernité, notre intégration dans la société, nos moyens financiers… Il est un mode de communication sociale à part entière. On s’habille différemment selon événement : mariage, entretien d’embauche, repas de fêtes, sortie en soirée… Il fait partie des conventions sociales, que l’on se doit de respecter pour être correctement intégré•e. Sur le même modèle on retrouve le maquillage, les accessoires de mode, les produits high-tech.

Afin d’optimiser la récurrence d’achats du•e la consommateur•rice, on a pu voir apparaître deux pratiques particulièrement néfastes pour la planète. L’obsolescence programmée et la fast-fashion. La première, l’obsolescence programmée, permet une usure matérielle plus rapide des produits qui devront donc être remplacés plus souvent. Elle permet également d’utiliser des matériaux moins chers pour des coûts de production amoindris. Quant à la fast-fashion il s’agît simplement d’une obsolescence rapide de la mode. Si vos vêtements ou votre téléphone durent dans le temps, ils n’en seront pas moins rapidement dépassés par les courants de la mode.

Des enfants dans des mines de cobalt en Afrique. Source : RTL

Ces deux pratiques ont des conséquences dramatiques à tous les niveaux. D’une part, l’optimisation des coûts (pour un meilleur profit mais aussi l’accessibilité du produit au plus grand nombre) génère l’exploitation des êtres vivants engagés dans la production. L’exploitation des non-humains (pour leur fourrure) et des humain•e•s (pour leur force de travail) est générale. Les uns sont enfermés dans des cages et maltraités/tués, les autres sous-payé•e•s, exploité•e•s, tyrannisé•e•s par une hiérarchie toute puissante et travaillent dans des conditions de sécurité et de confort terriblement précaires. On ne dénombre pas les quantités de vies humaines et notamment d’enfants, perdues dans les mines pour la production de matériel informatique. Et pourtant, la foule est toujours plus nombreuse dans les Apple Store à chaque nouvelle version du téléphone le plus convoité des masses populaires.

Une tortue mutilée par des déchets plastiques

La fast-fashion a une durée de vie de l’ordre de six mois à un an. Ensuite, les produits finiront dans le meilleur des cas revendus d’occasion, dans le pire des cas tout simplement jetés aux ordures. Et le Septième Continent, cet îlot de déchets perdu au large du Pacifique se trouvera grossi de tonnes et de tonnes de nouvelles pièces non-recyclables, aux côtés des jouets en lambeaux que l’on offre en quantité à Noël et aux anniversaires. Sur leur route, nos déchets seront peut-être de ceux qui auront croisé la route d’un cétacé ou d’une tortue malchanceuse, étouffée dans un emballage plastique inutile.

Est-ce cela, le prix de notre bonheur et celui de nos enfants ? Un Noël de plastique, de vêtements de mode, d’objets connectés obsolètes au bout de six mois qui nous permettront de continuer à faire semblant d’exister dans un zéro-social absolu. Qui nous permettront de traverser les rues et la vie, sans faire attention à notre prochain•e. Qui nous permettront de soigneusement éviter son regard dans les transports en commun et surtout celui du•e la clochard•e au coin de la rue. Qui nous permettront de nous sentir vivant•e, existant•e et valable aux yeux des autres. Est-ce cela le prix de notre identité profonde ?

Où se place le véganisme ?

On ne le dira jamais assez : Le véganisme est politique. Ce n’est pas une simple posture contre la consommation d’animaux ou leur exploitation, un mode de vie, voire une mode tout court comme ses détracteurs aiment le qualifier. C’est une prise de position forte contre un fonctionnement social qui discrimine et oppresse certaines vies au profit d’autres vies. Des vies humaines comme non-humaines.

Le véganisme, c’est le refus de participer à un modèle de société qui participe à la souffrance d’autres individus pour un enrichissement égoïste et inutile. C’est le refus d’être l’acteur d’une exploitation malsaine et violente dans le seul but d’atteindre un plaisir futile. C’est la volonté de poser les pierres fondatrices d’une société plus aimante, plus respectueuse envers son•a prochain•e et ancrée dans des valeurs de partage et de tolérance.

Être végane, ce n’est pas préférer les non-humains aux humain•e•s et les mettre sur un piédestal, car le véganisme est fondamentalement antispéciste. Ainsi, être végane, c’est aussi refuser au maximum de participer à l’exploitation, à la souffrance, au meurtre d’êtres humains innocents.

Si les publicités nous matraquent sans cesse pour nous faire croire que le bonheur se trouve dans la possession, ce n’est ni plus ni moins que du marketing. Un plaisir qui ne se base que sur le cercle vicieux du manque et de la frustration perpétuelle pour créer une satisfaction éphémère. Le consumérisme est une drogue. Le minimalisme entre dans la continuité du véganisme car il prône une vie plus simple, éloignée du consumérisme et de la production galopante de déchets non-recyclables. Le véganisme n’est pas consumériste, il est minimaliste. Ne nous y trompons pas, quand les sirènes de la grande consommation attirent notre attention et cherchent à tout prix à nous déculpabiliser.

Il devient important que nous devenions beaucoup plus qu’un simple consommateur et que nous entrions dans une réflexion réelle de nos choix d’achats. Il est temps que nous entrions en désintoxication. C’est une question de vie ou de mort pour la planète toute entière. Il y a urgence. Si cela nous semble lointain tant dans la temporalité que dans la géographie, il n’en est rien. Nos choix sont un vote et chaque fois que nous choisissons délibérément (et non par nécessité) de privilégier un produit fabriqué sur le sang et la souffrance d’autres individus, nous votons pour une société qui emprunte ce chemin partout dans le monde. Nous offrons notre complicité et notre assentiment à ce mode de fonctionnement. Il est temps que cela change et ce changement ne pourra passer que par nous. Alors agissons maintenant sur nous et notre façon de consommer !

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