Grossophobie : Un GROS problème du véganisme

Parlons grossophobie !

Illustration de Vegetal-crouch

Aujourd’hui, je voudrais te parler à toi, militant·e de la cause animale. Toi qui, je suppose, n’en est pas là aujourd’hui sans une envie forte de rétablir la justice pour une population injustement oppressée. Je sais que tu te sens concerné·e par le fait d’améliorer la condition de ceux qui souffrent par la faute d’une société clairement mal fichue à ce jour.

Illustration de Steve Cutts
Illustration de Steve Cutts

Lorsque tu milites, tu as sûrement avec toi ton kit argumentaire qui ne te quitte jamais. Celui qui te permet de convaincre l’autre que le véganisme est un des meilleurs choix que l’on puisse faire à ce jour pour le bien de tous. Et je ne doute pas que tu as choisi minutieusement chacun de tes arguments pour l’impact que tu espères qu’il aura sur ton interlocuteur. Alors tu dois sans aucun doute comprendre que ce choix n’est pas à prendre à la légère. Car un mauvais argument peut braquer pour longtemps une personne qui aurait pu être sensibilisée par de nombreux autres arguments bien meilleurs et plus valides.

Si tu es végane aujourd’hui, c’est probablement parce que tu as la certitude que c’est rationnellement un bon choix et qu’il n’y a donc pas besoin d’user de mensonges ou de contre-vérités pour le défendre. Si tu es végane aujourd’hui, c’est probablement que tu es sensible à l’injustice sociale. Si tu es végane aujourd’hui, c’est probablement parce que tu te refuses à user d’oppression sur un autre être-vivant. Alors sache qu’il y a une forme d’argumentation que nous devons urgemment toutes et tous bannir à tout jamais.
Tu croiseras souvent des articles, des chaînes ou des gens pour te dire qu’ils ont perdu du poids grâce au véganisme et présenter ce fait comme quelque chose de particulièrement positif. Cet argument se base sur trois idées reçues :

  • Le véganisme serait basé sur une alimentation saine.
  • La prise de poids serait due à une mauvaise alimentation.
  • Les bourrelets, seraient signe de mauvaise santé et inesthétiques.

Tout cela est faux.

Le véganisme n’est pas healthy par essence

Être végane se résume à ne pas user de produits d’origines animales ou obtenus par exploitation d’animaux. Et bien heureusement, les frites, les pizzas, les burgers et autres malbouffes grasses à souhait existent tout à fait en version végane. La Véganie possède elle aussi sa team « Le gras c’est la vie ! ». Le véganisme n’est pas healthy par essence. Il est simplement éthique du point de vue de l’exploitation animale.

Il est également important de bien différencier le véganisme du végétalisme. Le premier est un mode de vie politiquement orienté et militant. Le deuxième est un régime alimentaire. Un·e végétalien·nne pourra porter de la peau animale, des produits testés sur les animaux ou participer à des « divertissements » de torture animale sans que cela entre en conflit avec ses convictions profondes. Le végétalisme est d’ailleurs souvent associé à des régimes « santé » ou minceur à la mode.

Illustration de Dedko

 

Le véganisme ne fait pas maigrir

"L'industrie du porc s'enrichit, vous devenez gros. Devenez végane (avant d'exploser)" Campagne grossophobe PETA
“L’industrie du porc s’enrichit, vous devenez gros. Devenez végane (avant d’exploser)” Campagne grossophobe PETA

Tu ne maigriras pas par le simple fait d’être végane (Et oui, les véganes gros·sses, ça existe). D’ailleurs ta peau ne se mettra pas à miraculeusement s’assainir et tu ne verras pas ta santé s’améliorer uniquement parce que tu es devenu·e végane. Et cela, d’une part parce qu’être végane ne veut pas dire que tes repas seront plus sains et équilibrés mais aussi et surtout parce que toutes ces problématiques ne relèvent pas à elles seules de l’alimentation. Être gros·sse ce n’est pas mal manger. Tu pourrais me répondre « Mais bien sur que si ! La prise de poids c’est tout simplement un mauvais équilibre des dépenses et apports énergétiques. Donc si tu manges trop gras et que tu ne fais pas de sport, tu grossis. CQFD. » Non, c’est un gros raccourci et la réalité n’est pas aussi simple que l’idée reçue. On pourrait même être cynique et dire que c’est une énormité sans nom.

Le surpoids et l’obésité sont multifactoriels. Cela veut dire qu’ils n’ont pas une seule et unique cause, qui serait de se bâfrer salement, avachie dans son canapé sans faire le moindre effort.

Parmi les facteurs de surpoids on retrouve :

  • Les Troubles du Comportement Alimentaire
  • Des facteurs psycho-sociaux, tels que le stress, l’anxiété, la dépression et un faible niveau de ressources.
  • Des facteurs médicaux : maladies, handicaps physiques et médicaments à effets secondaires.
  • L’arrêt du tabac
  • Une mauvaise qualité de sommeil
  • La ménopause
  • Des prédispositions génétiques
  • La résultante de régimes à effet yo-yo

Parmi tous ces facteurs on constate qu’un bon nombre sont des conséquences d’une condition de santé physique ou psychique et/ou d’un contexte social particulier. Ainsi, conclure qu’être gros·sse, serait ne pas faire assez d’effort physique et ne pas assez bien s’alimenter, c’est ignorer et invisibiliser le contexte oppressif validiste et classiste qui entoure cette condition.

Tu ne maigriras donc pas en étant végane. Maigrir se fait différemment selon ton contexte de vie, ta génétique, ta morphologie, ton état de santé, ton passif et ne devrait certainement pas être entamé sans un avis médical avisé. Par avis médical avisé, j’entends bien sur l’avis d’un spécialiste de la question dit « safe » dans l’océan de grossophobie que se trouve être le milieu médical à ce jour. Il existe aujourd’hui une grande quantité de régime minceur que tu trouveras facilement sur internet. Et si les régimes rapides ont le vent en poupe, sache que maigrir rapidement est mauvais pour la santé. Se trouver un peu trop rond·e, un peu trop enveloppé·e dans un monde qui nous matraque en continue d’images déformées de ce qu’est un corps normé et en bonne santé, ne peut pas être un référentiel fiable. Les publicitaires, ne l’oublie pas, feront tout pour que tu sois complexé·e. Parce que le complexe fait vendre. Mais mincir pour mincir n’est pas un vrai gage de santé, de bien-être ou de beauté. Mettons les choses au clair une bonne fois pour toutes : le ventre plat, ça ne sert strictement à rien. C’est une mode, mais une mode qui n’est pas accessible à toutes les morphologies, à moins de mettre ta santé de côté pour atteindre le saint objectif du ventre plat.

Maigrir n’a aucun intérêt pour aider les animaux

"Sauvez les baleines, laissez tomber la graisse : devenez véganes." Campagne grossophobe de PETA
“Sauvez les baleines, laissez tomber la graisse : devenez véganes.” Campagne grossophobe de PETA

Le véganisme, il ne faut pas l’oublier, c’est un mouvement qui se centre sur les animaux et leur droit à disposer de leur propre vie. On ne devient donc pas végane pour maigrir. Bien sur, il est possible – et c’est le parcours de certain·e·s véganes – de basculer vers le véganisme après avoir commencé un régime végétalien. Parce qu’ayant mis le pied dans l’engrenage

“Il ne serait pas temps de devenir végane ?” Campagne grossophobe PETA

de l’alimentation végétalienne, ils auront trouvé le chemin des communicants militants et auront été sensibilisé. Ici encore on parle d’un régime végétalien spécifique, puisqu’il sera calibré correctement et adapté aux besoins de celleux qui le pratiquent. Alimentation végétalienne ne veut pas automatiquement dire alimentation équilibrée et saine pour la santé. Tout est une question de bonne gestion et d’équilibre.

L’argument de l’amincissement grâce au véganisme, exclu d’emblée les personnes concernées à cause de sa grossophobie sous-jacente. Il invisibilise totalement les gros·sses pourtant bien présent·e·s au sein du mouvement végane. Pire encore, il participe activement à ancrer dans l’esprit de tous·tes les idées reçues qui font aujourd’hui tant de mal aux concernés. Il participe à la pérennisation d’une société hostile et oppressante pour les gros·sses. Il fait du milieu végane un environnement humiliant pour les gros·sses qui souhaiteraient se lancer et donc s’informer davantage par sensibilité envers la cause animale et qui souffrent de ce renvoi systématique à leur condition physique et de cette injonction à la minceur comme norme sociale.

A t-on réellement besoin d’un argument basé sur une idée fausse et oppressive pour défendre le véganisme ?

Pour conclure cet article, je tenais à te rappeler quelque chose d’important. À toi qui a choisi l’empathie, à toi qui a choisit de changer ton mode de vie pour être plus juste avec les autres, à toi qui sais te remettre en question continuellement pour t’améliorer, à toi qui es sensible au bien-être des autres : tu es déjà magnifique à cet instant même et ce bien au-delà de l’enveloppe corporelle qui ne détermine pas qui tu es au plus profond de toi. Ne soyons pas le reflet d’une société oppressive. Soyons des alliés bienveillants et avertis pour une meilleure inclusivité de tous·tes dans le véganisme. C’est à nous de rendre notre mouvement plus safe pour permettre à celleux qui souhaitent devenir végane de trouver les informations sans avoir à souffrir d’oppression. Améliorer notre communication pour les autres et faire attention à elleux ne peut être que bénéfique pour la cause animale.

Pour aller plus loin sur le sujet, je t’invite à faire un tour sur ces comptes twitter :

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